Plongée dans l’histoire de l’ancienne piscine, fascinante mais dénuée de projet

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L’édification de la piscine de Mouscron est un témoignage de l’essor de la ville, qui est passée de 24.000 à 37.000 habitants à l’Entre-deux-guerres. Peu exploitée, elle fait partie des bâtiments remarquables de la ville.

Joseph Vandevelde, bourgmestre à l’Entre-deux-guerres, a réalisé nombre de grands travaux avec l’architecte de la ville, Jules Geldhof. C’est à ce dernier que l’on doit, non seulement l’ancienne piscine, mais également un grand nombre d’édifices érigés en 37 ans de carrière à Mouscron, à l’instar des écoles du Nouveau Monde, du Tuquet et du Mont-à-Leux, des quelque 2000 logements à bas coût, notamment dans le quartier du Nouveau Monde. À lui aussi, l’on doit l’arrière de l’Hôtel de ville, mais aussi 45 km de voiries et tout le réseau de distribution des eaux…

Dès 1936, la création d’un bassin de natation est envisagée à Mouscron, avec une offre de bains publics, pour permettre aux personnes non équipées de salles de bains de s’y laver. Ce type de projets est très en vogue à l’époque de l’Entre-deux-guerres. Un premier site est pressenti pour accueillir le bâtiment sportif mouscronnois, au niveau de l’actuelle Rénovation urbaine. Mais la fabrique d’église va refuser de céder le terrain. L’ancienne piscine sera donc implantée sur l’ancienne gare de tram. En effet, un tram à vapeur (qui fut ensuite électrifié) avait fait son apparition, dès 1900, au centre-ville, qui déplaçait notamment des marchandises jusqu’à Courtrai. Le terrain a été racheté par Mouscron à la société des chemins de fer.

Utilisée pendant la guerre

Le bâtiment de l’ancienne piscine est un enchevêtrement d’espaces fonctionnels. On y trouvait l’arsenal des pompiers, un espace sur deux niveaux dévolu à la pratique de la gymnastique, une plateforme surplombant la salle de gym consacrée à la pratique de sport en plein air et la piscine. Les travaux de construction de la piscine ont démarré en 1938 et devaient s’achever en 1940 mais le déclenchement de la Seconde Guerre mondiale a retardé le projet. L’enveloppe extérieure du bâtiment est toutefois achevée. Il va donc accueillir le bureau de ravitaillement et le contrôle de la fraude par exemple. Sous la cuve, une infirmerie sera installée.

Les travaux de finalisation du site ne reprendront qu’en 1947-1948, mais le bassin sera déjà utilisé – bien que non carrelé, et l’eau non chauffée – par les deux clubs de natation de la ville, le Cercle Neptune et la Fraternité, qui, en 1948, année d’inauguration officielle de l’édifice, fusionneront pour devenir le club des Dauphins. Le directeur de la piscine, de 1948 à 1985, sera Georges Agache, un personnage illustre de la commune, responsable de la maison de la culture de 1980 à 1985. C’est lui qui occupera le logement installé directement dans le bâtiment. Aujourd’hui, l’Académie des Beaux-arts en a fait ses quartiers.

La restauration au point mort

La piscine a progressivement été vidée de ses occupants. La salle de gym a été abandonnée la première. Les pompiers ont déménagé à la fin des années 1980. La piscine Les Dauphins a été inaugurée en 1989.

En 1990, l’édifice de l’ancienne piscine est donc vide. Plusieurs projets y ont été imaginés : l’installation d’une salle de judo, d’une bibliothèque, d’un espace de logements, d’une cafétéria, sa destruction aussi. En effet, le volume du centre Staquet, sa façade monumentale, étaient conçus pour être vus de loin. Une esplanade devait être installée devant le bâtiment. « Sans me vanter , précise Michel Franceus, échevin de la Culture, c’est moi qui me suis opposé le plus fermement à sa démolition. »

Le dernier projet sérieux envisagé pour la piscine consiste en la création d’un musée des Beaux-arts. La ville possède en effet entre 800 et 900 œuvres non exposées qui pourraient y être installées. « Aujourd’hui, des expositions sont organisées dans le bâtiment, mais ça n’est pas un musée », déclare avec regret l’échevin de la Culture. Il s’y organise environ cinq expositions par an.

« On sait qu’on n’aura pas de subside pour réhabiliter ce bien, déplore Marie-Hélène Vanelstraete, échevine du Patrimoine. Alors malheureusement, ce n’est pas une priorité du Collège. Au moins, grâce au travail d’Églantine, disposons-nous d’une plus grande possibilité de faire connaître tout l’intérêt de ce lieu. »

Remarquable pour les passionnés d’architecture

Églantine Braem archéologue et historienne de l’art luingnoise à l’Université catholique de Louvain (UCL), qui travaille à mi-temps à mener des recherches à l’UCL et à mi-temps au service de la Région wallonne, à inventorier les monuments d’exception dont certains pourraient être classés, a porté son projet de fin d’étude sur l’ancienne piscine de Mouscron. C’était un choix stratégique pour la jeune femme : « Je voulais changer de lieu, et donc revenir dans le Hainaut après avoir fait des recherches dans la vallée mosane, de type de bâtiment et je passe donc d’une maison privée à un immense bâtiment public, et de siècle puisque cette piscine a été érigée au XX ème siècle, et mon précédent objet de recherche datait du XVI ème . »

Un bâtiment moderniste

La ville de Mouscron étant le donneur d’ordre, cela a été relativement simple de trouver une documentation importante sur le monument, au niveau du cadastre, sur des cartes postales, dans les archives communales… Les recherches d’Églantine ont permis de concevoir une brochure expliquant l’intérêt architectural du bâtiment. L’édifice, très long et épuré, relève du courant moderniste qui se caractérise par la volonté de faire primer la fonctionnalité sur la forme. Mais l’on perçoit un désir de légère sophistication par le choix de briques de parement jaunes, plus caractéristiques, le dessin soigné des portes et le choix de carrelages polychromes, qui contribuent à une interprétation locale du courant Art déco. Le bâtiment, comparable à un paquebot, constitue une juxtaposition de volumes géométriques simples. Il symbolise l’ère industrielle et l’idée de progrès qui lui est, alors, associée. L’entrée en courbe, surmontée par des mâts, s’apparente à la proue et à la poupe d’un bateau. La tour des pompiers, à l’autre extrémité, rappelle un phare. En réalité, cette tour est érigée pour un motif on ne peut plus fonctionnel : le besoin de suspendre les tuyaux des hommes du feu afin de les faire sécher.

Tout le monde y a appris à nager

« Les gens de plus de trente ans connaissent l’ancienne piscine pour y avoir appris à nager. Les autres y ont fréquenté l’Académie des beaux-arts. C’est donc un monument qui fait partie de la vie des Mouscronnois, qui porte une valeur affective pour nombre d’entre eux », explique Églantine Braem.

La piscine fait forte impression, avec sa double rangée de cabines, sur deux niveaux (162 cabines et 4 toilettes). Ce type d’installations ne se fait plus pour des raisons d’hygiène.

De véritables champions

La dimension du bassin correspond à la réglementation olympique de l’époque : 12 mètres sur 25 mètres. Colette Goossens, membre du club des Dauphins s’entraînant à Mouscron, est l’une des illustres sportifs qui s’y sont entraînés puisqu’elle a participé aux Jeux Olympiques de 1956, à Melbourne. Le bassin de la piscine avait une profondeur de 60 cm à 3 m. Pour les compétitions de water-polo, le niveau devait donc être rehaussé, au point que les concurrents appelaient le bassin « la baignoire ». La rigole, quant à elle, avait été surnommée par les habitants « le crachoir ».

Le bâtiment était utilisé pour l’apprentissage de la nage par les scolaires. Ils étaient d’ailleurs accrochés au plafond – comme à Tourcoing – pour apprendre à se mouvoir dans l’eau. L’apprentissage de la nage était une façon non seulement de réduire le risque de noyade, mais aussi d’assurer la fréquentation du lieu. Afin que les écoles puissent fréquenter l’établissement, Georges Agache a dû montrer patte blanche et promettre le respect de la décence des tenues de bain et la non-mixité du bassin, afin de ne pas heurter la moralité.

NORD ECLAIR – Meghann Marsotto – Lundi 3 juillet 2017

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